La transfiguration

Publié le par Nathalie-Noëlle Rimlinger

LE TEMPS À L'OEUVRE 

PROJET D'UN FILM

SUR l'ART ET L'ALCHIMIE, 

LA NUIT, LA TRANSFIGURATION...

LE REGARD ET L'INCONSCIENT

LE TEMPS DE L’INCONSCIENT À L’ŒUVRE

Petits exercices en préambule, et déductions quant au regard

Vous avez certainement déjà visité des expositions d'art qui vous ont enthousiasmés. Avez-vous remarqué à quel point, lorsque vous en sortiez, votre regard était modifié, comme s'il s'était empreint de l'esthétique qu'il venait d'absorber ?

Si vous avez vu des portraits, notez qu'en quittant le musée ou la galerie, vous voyez les visages différemment : vous les trouvez beaux, vous savez voir leurs caractéristiques, leurs harmonies, leurs contrastes... Votre regard s'est comme vivifié.

Si vous avez vu des sculptures, vous allez être surpris de saisir des formes intéressantes, attrayantes, esthétiques dans la rue.

Si vous avez la curiosité de vous rendre à un cours de peinture, et que vous vous efforcez de faire une copie, en travaillant la palette du peintre, en cherchant à trouver ses couleurs par vos mélanges successifs, et bien, en quittant le cours, vous verrez que vous êtes assaillis par les nuances environnantes et encore une fois, vivement intéressés par celles qui se présentent à votre vue. N'est-ce pas extraordinaire ?

Ne dirait-on pas que le regard est une sorte de muscle qui emmagasine momentanément ce qu'il vient d'observer pour procéder spontanément à une lecture, dans la vie, telle que celle qu'il vient de faire des œuvres ? Mais n'est-il pas curieux que l'art soit par excellence aussi communicatif ? Car en effet, même si vous regardez de très beaux paysages ; vous en garderez peut-être le souvenir, mais en aucun cas, vous ne projetterez ce que vous avez vu, un bord de mer par exemple, sur une rue de la capitale.

Pourquoi ? Pourquoi l'art transmet-il ses qualités et ses propriétés esthétiques à l'homme ?

Quelle est cette sorte de mimétisme, qui passe instantanément des œuvres au public ?*

Interrogez-vous sur  les champs d'influences qu'exercent aussi sur vous, la musique, le cinéma, la danse, la photographie, l'architecture et la littérature. Essayez de les apprécier, de les définir. Vous verrez qu'ils sont fort différents et spécifiques.

*Débat

 

Pour l'étude que j'aborde, je me cantonnerai aux arts plastiques et à la musique, En art, l'inconscient de l'artiste, travaille avec le temps qu'il consacre à l'élaboration d'une œuvre. Nous verrons que comme dans le rêve, l'inconscient se révèle, mais sur le fil de l'œuvre, et par étapes.

 

Introduction

Voir : un travail réalisé par Tristan LABOURET pour le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, saison 2016-2017.

Arnold Schoenberg, Tristan Labouret,CNSM

Arnold Schoenberg, Tristan Labouret,CNSM

 

LE TEMPS DE L’INCONSCIENT À L’ŒUVRE

 

Le métabolisme de l’art suit la logique de l’inconscient à la lueur de l’âme escaladant les échelons symboliques aux visages archaïques de représentations inventées.

 

Cela se déterre (de la terre) sur le fil de l’inspiration dont l’antenne (ou la racine) joint l’invisible par le « pré-visible » et provoque l’apparition, soit l’œuvre.

 

Le métabolisme de l’art est le parcours évolutif de l’inconscient, qui abat les cartes qu’il découvre (dévoile) successivement, et ordonne spontanément, selon que son « âme » (désir, appel) les tire.

 

Il n’y a donc pas de hasard (décidément), mais l’agissement d’une traversée qui s’effectue dans le temps de l’artiste, dont la route s’échelonne d’étapes (dites «époques» ou «périodes»). Celles-ci correspondent aux phases de la quête. C’est la chronologie du rêve, sans doute : une révélation soumise au temps.

 

J’imagine réaliser un documentaire sur les étapes de la création plastique questionnant celles de l'œuvre de Schoenberg, la nuit transfigurée, proposée comme suite ésotérique, d'après le travail de Tristant Labouret, CNSM.

Mettre en miroir la sculpture, son alchimie ", alliage patient de la chimie et de l'âme. Interrogation d'une attente, précepte d'une entente, et l'enchaînement/déchaînement musical de l'oeuvre de Schoënberg,

pour aboutir au rayonnement possible de l'amour, à l’amour inconditionnel, à l'infini, à l'éternité.

Le temps du voir de la création

 

 

LE TEMPS DE LA NUIT 

L'art et la nuit ont en commun le temps du rêve, de l'illumination, de la vision.

Suivre ce lien

Le visible, l'invisible

 

 

1) L'empreinte dans la nuit

Ce temps où les automatismes se créent, se travaillent, s'exercent et se suscitent dans le but d'une pratique artistique affinée. Travail sans "le voir" (en aveugle ou dans le noir) pour une mémorisation des bons gestes, l'ouverture et l'approfondissement des perceptions sensorielles, mentales et/ou spirituelles.

2) La nuit, un lieu, un état de l'autour, une enveloppe. Une solitude nécessaire pour une traversée artistique.

LES LIMITES DU REGARD

Une frontière pour travailler

Un regard "parlant" 

 

 

1) Ce que l'œuvre ne dit pas, c'est le regard qui le dit. 

Le regard semble déraper, ou une forme s'est-elle glissée sur une image connue ? Je ne vois pas cette sculpture que j'ai pourtant réalisée, mais une autre que je n'ai pas faite. Cette déformation ou transformation s'opère souvent non sur toute l'œuvre, mais un détail. Je vois soudain autre chose et cette vision semble m'appeler. Je ne vois plus que cela.

La raison de cette apparition est due à la lumière. La lumière change l'objet vu, d'une manière parfois radicale. Mais qui me dit qu'en sculptant, cette lumière n'est pas apparue, suffisamment pour que je travaille avec elle, cette zone de la sculpture, de manière totalement inconsciente ?

Ce phénomène de déformation/apparition visuelle peut se produire pour toute oeuvre artistique que je regarde. Parfois, je détourne la tête puis reviens vers l'objet regardé pour vérifier ce que je vois, ce que j'ai vu : c'est encore là, ou différent.

Il se produit fréquemment dans la nature, sur les arbres principalement ou toute autre forme produite par la nature.

Sur les photographies : je vais voir autre chose que ce que j'ai photographié.

Il existe d'autres artistes dont les œuvres déclenchent fortement une sensation de dédoublement du sujet regardé : Nicolas Poussin, pour les encres et les dessins. Pierre Bonnard, pour les photographies.

J'ai constaté ce phénomène tôt dans ma vie, et j'ai beaucoup joué avec, me laissant peu à peu impressionnée par ce qui apparaissait ou était apparu.

2) À certaines heures, dans certains lieux, avec certaines musiques, je travaille en direct sur ces surgissements visuels.

Tous mes tableaux, dessins, et beaucoup de sculptures sont issus de ce processus.

 

Le contexte auditif : la musique

Depuis l'enfance, La nuit transfigurée a été pour moi le moteur de beaucoup d'uvres, et  : Le requiem de Mozart, La Septième symphonie de Beethoven, La Symphonie fantastique de Berlioz. Tous les opéras de Wagner. Mais j'ai souvent entendu ces œuvres, petite fille.

Il est évident que la nuit rend propice la création, par son calme et la grande disponibilité à laquelle elle dispose ; son mystère aussi. Car en effet, la plongée du réel dans l'obscurité, offre à l'artiste un temps fort pour ses perceptions cachées par la lumière. Comme le dormeur, il peut s'abandonner aux vibrations de son monde intérieur, à ses propres visions.

POUR EN VENIR À L'ALCHIMIE

 

Je propose ci-dessous une lecture « aléatoire » de « L’alchimie du verbe » que rédige le poète Arthur Rimbaud en 1873.

 

Pour la lecture aléatoire : cliquer ici.

 

 

J’incite le lecteur à se rendre sur le site, d’où ce chemin s’est tracé.

http://abardel.free.fr/tout_rimbaud/une_saison_en_enfer.htm#delires_2

 

 

 

 

 

La transfiguration

La quête alchimique dans les arts plastiques

- En ouvrant le four, que s'est-il passé ?

J'ai vu que mon regard cherchait à rencontrer une vision accomplie par un certain travail : une surprise avérée.

Une image héroïque, surgie du néant (j'entends par néant une masse fondue d'inconnu à mon ignorance), avec la certitude que pour un résultat X, tous les paramètres de la création plastique ne pouvant être pris en compte pour une éventuelle répétition, l'œuvre porteuse est unique. Unique car le hasard et l'aléatoire ont pris part au résultat, ont manié le pinceau magique qui produit ce phénoménal.

La reconnaissance en art, c'est qu'en dépit des transformations successives que l'on tente de conrôler, on aboutit à une œuvre irréversible, irreproductible : une figure de l'idéal. Cette figure de l'idéal dépasse notre réalité et détache un reflet de notre désir, tâche lumineuse sur la surface inattendue de l'objet transfiguré par la chimie.

Rencontre et reconnaissance fusionnent alors, définissant l'issue de la quête esthétique.

 

Au-delà de cela, l'ambition n'est-elle pas d'aboutir à une forme de réponse d'un Autre idéal (éventuellement compris dans le moi) qui, percevant la question, apporterait l'éclat parfait que nous n'aurions su prévoir ?

C'est alors le génie qui a agi.

 

Transformation esthétique ou transfiguration ?

Voici maintenant des exemples concrets : 

Photographie de ma pallette. (coloration par émaillages successifs de la terre). Mélanges d'émaux à de la terre blanche lisse pilée.

Voyez-vous dans la poudre le dessin de silhouettes ? Ces silhouettes ne rappellent-elles pas les sculptures que je fais ? Pourtant, en travaillant ces couleurs, loin de moi l'idée de dessiner. Je ne me suis rendue compte de ces représentations qu'au regard des photographies.

 

La transfiguration
La transfiguration
La transfiguration

Échantillonnage des couleurs. Essais préparatoires : essayer de prévoir.

La transfiguration

Sculptures avant la cuisson (sculptures réalisées en février 2017).

La transfiguration
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En ouvrant le four. Après la cuisson (1020°) à petit feu.

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Questionner la musique

Le travail artistique et le temps.

Le corporel et l'art : outil de l'art (rapidité, agilité, dextérité, souplesse, précision). Peut-on voir la musique comme un sport ?

L'énergie physique et psychique.

La polyphonie.

 

 

La transfiguration
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La transfiguration
La transfiguration

LES SENS ET LE SENS

 

La transfiguration s'opère. Il serait trop facile d'en montrer l'avant et l'après. C'est le processus, le déroulement, l'avènement qui témoigne.

À bien y réfléchir, ce processus (à l'inverse) ne témoigne-t-il pas de la capacité de nos sens à percevoir, à s'étonner, à s'émouvoir d'un tel accomplissement ?

Qu'est-ce qui fait sens dans la vie d'un homme, dans l'amour d'un homme? Ce qui fonde l'homme ne tiendrait-il pas à ses sens gratifiés d'une intelligence ?

Est-ce ici une porte d'entrée qui nous mène à la pensée intuitive ? La pensée d'ailleurs, n'émane-t-elle pas du processus de l'intuition ?

Or n'est-il pas vrai que c'est bien par la pensée que l'homme donne un sens à sa vie?

N'est-ce pas la pensée qui nous attache au sens de vivre ? Les sens comme essence de vivre?

N'est-il pas dérisoire que chaque homme s'évertue à poser le sens de sa vie comme principiel à son existence ?

Mais pourquoi la nécessité d'une justification ? Qu'en pense la psychanalyse ?

En quoi le désir serait-il au-delà des sens ?

La transfiguration
La transfiguration
La transfiguration

EXPÉRIENCE, SAVOIR ET CONSCIENCE

Expériences et expérimentations, en art, s'articulent avec le désir de "manipuler" les matériaux en vue de résultats anticipés, afin de réduire la marge des hasards due à notre ignorance ; quand bien même, en art, les résultats ne sont vraiment connus qu'après coup.

La chaîne de connaissances tirée des expérimentations, permet de nouvelles spéculations (recherches) et l'on voit bien, ici, que la pensée, plus elle s'appuie sur un savoir concret, plus elle devient abstraite, intuitive et scientifique ; ce que nous pouvons appeler "expérience professionnelle" est le reflet de ces exercices de précisions.

Et bizarrement, plus nous savons, plus nos oeuvres peuvent devenir abstraites. C'est-à-dire que les oeuvres deviennent miroir du cheminement de la recherche et tendent davantage à montrer l'exploration elle-même que des objets de la réalité.

Nous pouvons dire aussi que l'artiste traduit autrement la réalité, la décrit autrement parce que les outils qu'il travaille lui permettent de la voir autrement. Dans cet "autrement", l'artiste s'immerge et se sensibilise à de nouveaux facteurs, observant de nouvelles intéractions entre la réalité, le regard et l'homme. D'autres correspondances s'effectuent.

Cette démarche s'illustre particulièrement dans l'histoire de la photographie, où les photographes ont eux-mêmes façonnés l'optique. Elle est valable dans tous les autres domaines où la physique, la chimie interviennent.

La Poésie

La parole écrite de Garcia Lorca est si sublime, que je propose d'envelopper la poésie du tissu lettré qu'il nous tend. Le poète n'enrobe-t-il, d'ailleurs, pas l'essence du mystère humain, d'un voile esthétique d'une subtilité voulue, afin que nous ne nous blessions pas à son contact ? 

De ce mystère, il fait une matière dans la mesure où le vêtant, il nous permet de le toucher.  Seuls, il se pourrait que nous le traversions sans même l'avoir vu. Quelle déchéance, pour l'homme de ne point voir. Quelle désespérance en perspective, quelle cruelle 

nudité.

 

Ainsi nous incite-t-il à avancer dans le regard avec prudence, mesure et attention, pour nous apprendre à regarder comme à entendre les images. Des images parfois si profondes, glissantes, luisantes pierres moussues sur le bord de la rivière, qu'elles nous entraînent vers

la source.

 

La limpidité alors nous élève.

 

Cette élévation, soudaine, lumineuse tient au fait que l'image rencontrée par le Verbe, se reconnait en nous, puisque nous savons la relier à la chose qu'elle évoque, qui se découvre

en nous.

 

Dès lors la poésie préfigure et révèle un aspect de notre for intérieur.

La sublime vision s'étend à notre coeur, et par ce chemin détourné,

nous transfigure.

 

Cet hommage dressé, je me demande de quoi le poète est-il le plus amoureux :

- de l'homme,

- du mystère,

- ou de l'art ?

 

Voici quelques extraits de ses conférences :

Federico Garcia Lorca,

Conférences, interviews, correspondance. NRF. 1960. Traduit de l'espagnol par André Belamich.

Le "Cante jondo", p. 29.

L'art a employé depuis les temps les plus reculés la télégraphie sans fil et les miroirs des étoiles.

 

L'inspiration

p.58

L'état d'inspiration est un état de recueillement, mais non de dynamisme créateur. Il faut que la vision mentale repose et se décante. Nul grand artiste, d'après moi, ne peut travailler en état de fièvre. Même les mystiques. Ils écrivent lorsque l'ineffable colombe du Saint-Esprit a quitté leur cellule et se perd dans les nuées. On revient de l'inspiration comme on revient d'un pays étranger. Le poème est la relation du voyage. L'inspiration donne l'image, non le vêtement. Or, pour l'habiller, il faut mesurer, d'une âme égale, en se défendant de tout entraînement dangereux, la qualité et la sonorité de la parole.

 

... Imagination ou inspiration ?

Ici je place une séquence du film avec le texte de Federico Garcia Lorca, lu par Vladia, (p.77-78-79), sur le film "Les oiseaux-lobes".

J'ai imaginé "les oiseaux-lobes" l'année dernière, sans savoir ce que j'allais en faire, puis j'ai attendu de rencontrer des graines destinées à croître dans ces récipients. L'occasion s'est présentée ce matin, lorsque ma fille m'a demandé ce que je comptais faire des graines de Fenugrec que j'avais mises à tremper dans une tasse.

Un artiste méconnait l'avenir de ses gestes.

Puis je suis allée lire au soleil.

Puis j'ai tout assemblé et filmé, dans la simple attente de la voix de Vladia.

 

La transfiguration
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